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Que vous Soyez un Voyageur, une jeune Elue en quête d'aventures ou un simple curieux, Soyez le bienvenu dans notre Antre ... .

Fiers bretteurs, forts en gouaille, fervents disciples de Mariel Taun ou encore pyromanciens dont la passion pour les flammes devient inquiétante, nous aimons affûter nos lames, dépoussiérer nos plus puissants grimoires et partir ensemble, relever les plus grands défis de ces terres ...

Si Partage, Plaisir et Courage sont autant de mots que vous portez en étendard... Si l'envie vous prend de vous investir pour le salut de Telara et le respect de nos valeurs... Alors cessez d'hésiter et entrez .... Votre place est certainement parmi les nôtres ...

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 Armïnde et Lowise des Mimosas, la saga familiale

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Armïnde
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MessageSujet: Armïnde et Lowise des Mimosas, la saga familiale   Mer 28 Déc - 20:10

Le calme profond qui enveloppe la Cité à cette heure tardive devient presque tangible dans la demeure cachée des voleurs. L’architecte de la guilde l’avait voulue invisible et c’est tant mieux se dit Armïnde confortablement installée dans le canapé devant l’imposante cheminée en marbre noir. Personne pour la déranger. Tout autour d’elle dansent les ombres évanescentes que jette sur les murs le feu crépitant.  Sur la table basse, une bouteille de vin déjà bien entamée, une petite fleur jaune sur l’étiquette effacée et quelques recueils poussiéreux aux reliures anciennes. Elle en prend un, le feuillette en prenant soin de ne pas abîmer les pages devenues fragiles avec le temps, s’arrête de temps en temps pour lire un passage. Son héritage familial, transmis de génération en génération et complété au fur à mesure.  

« La Cour des Mimosas ». Certaines entrées sont dans le pur style de chroniqueur de jadis avec multiples parenthèses philosophiques, d’autres encore sont plus personnelles. Devant elle ne se trouve qu’une infime partie de la mémoire clanique, le reste est conservé précieusement dans les archives de sa mère.  L’existence même de ce volumineux ensemble de souvenirs qui s’étendent sur plus de mille ans est un miracle. Protégé par d’anciens sorts et formules magiques, il a néanmoins subi  les  dégâts du temps, deux tomes de l‘époque de la Guerre sanglante sont manquants, par endroits la moisissure et la vermine, s’étant emparées de plusieurs dizaines de pages, ont rendu la lecture des plus hasardeuse.  

Elle repose le tome qu’elle était en train de parcourir et ferme les yeux. Qu’a-t-elle à ajouter à tout ceci, à toutes ces aspirations à un avenir meilleur ? Et pourtant, la tâche lui revient de son arrière-grand-mère, impossible de se dérober. Jamais  elle ne pourrait oublier l’expression mêlée de détermination et de désespoir avec laquelle dans son dernier soupir Andromea la lui avait confiée. « La mémoire vive, n’oublie pas, tu dois continuer, toujours ».  Les monstruosités surgissant par la fenêtre de la cuisine ne lui avaient pas laissé le temps de contester ses paroles ni de tenter de la sauver.

Encore vive d’esprit mais physiquement affaiblie  par son âge, Andromea avait été la première à succomber aux vapeurs toxiques. Aux premiers signes du mal, elle avait ordonné à ses deux arrière-petites-filles, Lowise et Armïnde de confectionner en toute hâte des masques de fortune avec les essuie-mains mais la peur et l’urgence rendant ses doigts maladroits, elle n’avait plus été capable de faire de même pour elle. De toute façon, il était trop tard. La vapeur néfaste avait déjà corrodé les fines et fragiles parois de ses voies respiratoires et un mince filet de sang coulait de la commissure de ses lèvres.

C’était le jour anniversaire des vingt ans de Lowise.

Armïnde attrape une feuille et la plume qu’elle avait préparées  à l’avance et note en haut de la page.

A la Cité draconique
par Armïnde

Nous sommes en fin d’été. Le solstice étant déjà loin derrière nous la brise indolente de l’après-midi porte avec elle le parfum de fruits mûrs et une note d’acidité. Nous n’y prêtons point attention, entièrement absorbées que nous sommes par les préparatifs des festivités qui doivent se dérouler le soir même. Mère est partie tôt le matin ramasser des fleurs de montagne aux couleurs vives pour en décorer les tables. Père vient d’être appelé par le coursier diplomatique au château. Retour prévu avant la tombée du jour.  

Grand-mère Andro, dans la farine jusqu’aux coudes nous demande de surveiller la pré-cuisson des pâtes à tartes pendant que nous équeutons des fraises alors que notre cuisinier en chef et nos deux jeunes commis envoyés pour l’occasion par nos voisins les Verine s’occupent des amuse-bouches et de la table froide. Les crabes dont la chair d'un blanc immaculé fera une farce exquise pour les tourtes viennent d’être sortis d’immenses cuves en cuivre, remplies  d’eau bouillante et forment un tas fumant sur la desserte, les carapaces rouges et luisantes. A l’exception de notre jardinier-maître vinificateur qui est descendu dans la cave choisir les meilleures cuvées parmi notre propre production, tous les autres domestiques sont employés à l’extérieur à décorer les arbres et à installer les tables. Aucun détail ne sera négligé.

J’entends grand-mère tousser, Low, toujours moqueuse lui propose d’aller chercher son châle alors qu’on étouffe de chaleur. Je souris malgré moi et me retourne pour m’enquérir de la quantité de miel à ajouter à l’appareil que je suis en train de préparer. Je la vois larmoyante, le souffle coupé, les mains toujours dans la pâte. Alarmée, je m’apprête à lui venir en aide mais elle s’active déjà, elle nous crie des ordres, elle n’explique pas. Terrifiées, nous nous efforçons de lui obéir sans comprendre. Je vois sa figure devenir pâle alors qu’elle tente en vain de nouer un torchon devant son nez, ses jambes la trahissent, elle tombe sur les genoux. Je parcours les quelques mètres qui nous séparent et tente de la soulever mais elle secoue la tête, elle essaie de parler mais les mots sont confus et étouffés. Dans un effort monstrueux qui fait éclater les vaisseaux sanguins de ses yeux elle crache un morceau rouge et gluant et parvient enfin à articuler son dernier conseil. « N’oublie pas Armïnde, les souvenirs… ».

La grande cuisine est devenue soudain sombre, on manque d’air, on s’arrache les masques improvisés mais cela n’apporte aucun soulagement. Au contraire, on ne parvient plus à respirer, les gorges et les yeux nous piquent, chaque coulé d’air est un véritable calvaire. Une masse sombre aux tentacules visqueux tente de pénétrer à l’intérieur par la fenêtre laissée ouverte. Nous nous ruons tous vers la porte dans un désordre complet. Dehors nous sommes accueillis par un brouillard épais et verdâtre. La respiration devient encore plus pénible. Les décorations de la fête sont éparpillées partout, le garçon d’écurie, Linas, âgé à peine de dix ans agonise en bas de l’escalier en pierre qui descend dans la cour. Arrivée à lui, je ne le vois plus bouger, un regard glacé dans ses yeux grand ouverts.

Nous sommes complètement désorientées. Presque à tâtons, main dans la main, Low et moi parvenons enfin au portail, et courons à toute vitesse en bas de la pente vers le village. Je l’entends suffoquer, sa peau est perlée de gouttes de sang et je me dis que mon état ne doit pas être bien meilleur. Je n’ai aucune remède sur moi, pas le moindre flacon des concoctions de mère, même pas de plante à mâcher pour tenter de soulager un rien nos souffrances. Nous n’atteindrons pas la place centrale. Low trébuche et m’entraine avec elle dans sa chute, nous n’avons plus la force pour nous relever. J’entends des cris tout près de nous et à l’orée de ma vision je vois une jeune elfe avec son nouveau-né dans les bras en train de ramper vers la chapelle. Où sont nos Dieux ?

/.../


Dernière édition par Lowise le Mar 10 Jan - 19:17, édité 1 fois
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Armïnde
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MessageSujet: Re: Armïnde et Lowise des Mimosas, la saga familiale   Mar 10 Jan - 19:16

/.../

Le réveil à l’existence d’Elu ne peut qu’être brutal. La première vague de soulagement d’être en vie passée, les questions affluent dont une seule a de l’importance finalement, celle de savoir pour quelle raison nous sommes là ? Nous avons la chance, à double tranchant certes, d’avoir gardé la mémoire du passé et de nous retrouver ensemble. Plus tard nous apprenons qu’il avait été impossible de nous séparer, nos doigts et nos énergies vitales s’étant emmêlés comme si nous ne formions qu’une seule entité. Laquelle de nous deux avait été sélectionnée pour ce destin ? Cette question restera sans réponse à tout jamais et nous hantera à chacun de nos pas.

Je garde des souvenirs à la fois flous et nets des premiers jours de cette nouvelle existence. Nous abandonnons nos titres, nous serons tout simplement Lowise et Armïnde, deux soldats au service de l’armée d’âmes immortelles invoquées par les Veilleurs. Nous avançons machinalement dans un monde que nous ne reconnaissons plus, on nous assigne nos tâches, nous les accomplissons. Nous avons vu notre Telara périr sous nos yeux et nous sommes mortes avec elle. Dorénavant nous avons l’impression de nous aventurer dans un autre plan, parallèle celui-ci à la réalité que nous avons connue jusqu’ici. Les règles du jeu ne sont plus les mêmes. Des monstruosités surgissent là où auparavant se trouvaient des villages parfaitement insignifiants et massacrent toute âme vivante. Notre devoir  premier et le plus urgent est de protéger les civils, quand nous échouons et tombons sous les coups des ennemis, l’accès au fleuve des âmes nous reste interdit et nous devons recommencer ailleurs.

Deux choses en découlent. D’une, nous découvrons nos capacités d’Elus, l’immortalité en quelque sorte, la puissance et, l’impunité qui va avec. De deux, nous prenons acte, bien plus tard, de la responsabilité qui en découle.

D’abord, un certain sentiment de dédain s’installe, tout est important et rien ne l’est à la fois. Nous devenons indifférentes à nos propres souffrances et à celles des autres croyant que c’est à cela que ressemble la véritable force. La douleur n’est qu’un état d’esprit, un signal nerveux qu’il convient d’ignorer.
Lowise, ma petite soeur angélique aux grands yeux limpides et aux boucles dorées. Je la vois encore toute sérieuse dans le bureau de papa à lire silencieusement, d’abord des comptines pour les enfants et très vite après d’épais recueils sur l’histoire des arts et des cultes. La parfaite copie au féminin de notre père, toute gamine encore, elle en a surpris plus d’un par sa faculté prodigieuse de concentration mais également par sa force physique surprenante. Rapidement repérée par le commandant de notre troupe, elle passe maintenant toutes ses matinées à réciter des prières pour soulager les blessés et les après-midis à s’entraîner au maniement du marteau à deux main, la plus lourde et plus meurtrière des armes d’une vaste panoplie employée par nos troupes. « Je sème le salut avec la parole et la mort avec la main » me dit-elle un soir, désillusionnée, après qu’on a partagé deux bouteilles de vin, de qualité assez médiocre par ailleurs, que je venais de subtiliser la veille dans les caves de Sanctum.

Moi en revanche, aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours préféré filer dans les forêts dès que l’occasion se présentait, écouter le chant des oiseaux, grimper dans les arbres, courser les lièvres. La matière de mon étude était le jeu de la lumière et des ombres dans le riche feuillage des hêtres et des tilleuls, le froissement imperceptible de l’herbe séchée sous les pas feutrés d’une fée, le parfum, le goût, la moindre variation de couleur d’une fleur ou d’un champignon. J’étais particulièrement fière de mon herbier de flore locale et je rêvais de découvrir un spécimen jusqu’ici inconnu de la science. Un de nos divertissements préférés avec maman était de nous glisser en dehors de la villa quand tout le monde dormait encore, avant même que les premiers rayons de soleil effleurent les sommets des anciens chênes qui entouraient notre domaine. Nous allions à la recherche de quelques plantes rares qu’il fallait cueillir à l’aube afin de préserver leurs qualités médicinales. Nous nous amusions à nous camoufler dans les sous-bois, encore humides de la rosée matinale et à essayer de deviner la cachette de l’autre sans se faire repérer.

Convoquée par l’officier chargé du recrutement, on me pose quelques brèves questions auxquelles je ne sais comment répondre et on m’envoie assister au laboratoire broyer des herbes et peser les composants pour les potions et élixirs en tous genres destinés à ceux qui partent sur le front. Un travail répétitif et sans intérêt qui occupe mes mains mais ne parvient pas à intéresser mon esprit qui s’aventure de plus en plus sur les chemins tortueux du passé. Quand une nouvelle équipe vient nous relayer, je rejoins Low au terrain d’entraînement afin de m’exercer au combat rapproché ou au tir à l’arc mais force est de constater, mon coeur n’y est pas alors qu’elle semble toujours appliquée. Le plus souvent je profite d’un moment d’inattention des instructeurs pour m’éclipser discrètement. Il faut dire qu’avec l’arrivée massive de nouveaux Elus ils ont d’autres chats à fouetter que de jouer aux surveillants. Je traverse le grand pont monumental qui relie Sanctum au Bois d’Argent et par-là à toutes les forêts et montagnes de notre monde dévasté. La plupart du temps j’erre sans but précis prêtant à peine attention à ce qui m’entoure mais jamais pourtant je ne m’approche de notre ancien domaine. Voir la ruine qu’il est devenu signifierait la fin définitive de ce monde idyllique que frôlait le pas léger et joyeux de maman et où résonnait le rire irrésistible de papa. Une fin que je refuse encore, inconsciemment.

Ces moments de solitude, particulièrement propices à l’introspection et que j’affectionnais déjà avant, deviennent peu à peu une nécessité. Sans m’en rendre vraiment compte, notre jeu d’enfance avec maman devient ma seconde nature alors que je me promène dans notre forêt, sans pouvoir accepter ce qu’elle est devenue, l’esprit tuméfié par les modifications maléfiques de la trame même de la nature, visibles à chaque pas. Je m’habitue parfaitement à avancer sans produire le moindre son, en me faufilant entre les ombres et les failles qui s’ouvrent à l’improviste, non pas par peur mais plutôt car je ne souhaite pas être dérangée. Revenue à Sanctum, il m’arrive plus d’une fois de faire involontairement sursauter Low en me rapprochant d’elle et je me vois obligée d’esquiver prestement son puissant tournoiement de marteau. Ses réprimandes sont sévères, empreintes d’une inquiétude réelle pour la première fois depuis notre ascension et je ne la comprends que trop bien. Bien que différentes comme peuvent l’être le soleil et la lune, le feu et l’eau, nous avons toujours été complémentaires et progressions dans une harmonie naturelle. Or, les Veilleurs pour nous ramener sur Telara ont modifié nos énergies vitales et spirituelles, l’équilibre a été rompu. Nous nous voyons nous éloigner l’une de l’autre sans savoir comment y remédier et derrière ses paroles âpres je lis sa peur de perdre la dernière chose qui nous appartient et qui nous relie à notre passé.

Les remontrances de Low ont au moins le mérite de m’ouvrir les yeux sur mes propres talents. Alarmée par ce dont nous venons de nous rendre compte, je me lance avec une fureur surprenante dans l’étude de leur potentiel à commencer par quelques timides escapades nocturnes. Je sors sous le couvert de la nuit et je furète un peu au hasard sans vraiment savoir où je vais. Parfois je pénètre dans des palais d’une opulence scandaleuse et d’autres fois dans des hameaux tellement misérables qu’on se demande comment ils se tiennent debout. Ca n’a pas d’importance car tout est un défi et me sert à apprendre plus sur moi même. J’observe, invisible et avide, comme si c’était la première fois que je voyais la vie. Assoiffée de réponses, je ne comprends pourtant pas ce que je vois, ne saisis pas la signification de toute cette misère, ne ressens rien qu’un vague haut le coeur et le désespoir. Pour déjouer le vide béant qui flotte en moi, je pars quelquefois avec un collier aux joyaux flamboyants appartenant à la maîtresse d’un notable haut placé, quelquefois avec la petite cuillère d’argent offerte au premier né d’une famille de fermier, le seul objet de valeur qu’ils auront jamais vu.

Ensemble et seules, nous dérivons ainsi chacune de notre côté. Lowise prend l’habitude de partir à l’aube alors que je rentre et je m’écroule sur mon lit de camp. Souvent je ne la revois que plusieurs jours plus tard un regard fanatique dans les yeux, traînant derrière elle son marteau couvert de sang séché. Après ses absences prolongées, elle demeure apathique pendant des jours à fixer le vide, ne s’intéressant à rien. Elle ne s’anime un peu qu’une fois le soir venu, et avant que je me déguise et que je sorte affronter l’inconnu, nous prenons un verre ou deux dans un élan d’espoir de renverser l’inévitable éloignement de nos âmes qui est déjà à l’oeuvre.

Nous essayons de faire revivre les souvenirs de notre enfance, de père et de mère, de leurs discussions sur le parfum que dégage une nouvelle cuvée ou de l’opportunité de tester l’ajout de telle ou telle herbe avant de refermer le vin dans les tonneaux et de le laisser gagner en maturité. A nos six ans respectifs, comme il est de coutume dans tous les domaines viticoles, nous avons chacune acquis le droit de participer activement à ces conseils de guerre et munies de nos verres minuscules, des copies conformes de ceux de maman et de papa, nous imitons nos parents avec tout le sérieux des enfants de notre âge. Nous évoquons également la villa des Mimosas telle qu’elle était au sommet de sa gloire, les champs croulant sous la récolte abondante et les vastes salles remplies de domestiques occupés à préparer la fête de solstice d’été ou celle de Fae Yule. L’épais velours des fauteuils, les couleurs sobres et profondes des textiles, les petits-déjeuners composés de fruits et de laitages des fermes avoisinantes, les veillées en compagnie de grand-mère qui aimait nous raconter des histoires trépidantes de sa jeunesse - chaque détail dont nous nous souvenons revêt pour nous une importance capitale car, au final, c’est tout ce qui nous reste.

En rentrant au petit matin, je retrouve Low endormie à la table, les bouteilles vides renversées par terre. Je la dépose doucement dans son lit et m’étonne toujours de la légèreté et de la fragilité de son corps malgré les facultés quasi surnaturelles qu’il renferme. Son fardeau est lourd à porter, peut-être plus que le mien. En une seule personne se trouvent unies deux puissances radicalement opposées, celle de donner la vie et celle de l’ôter. Je lui pardonne ces moments de faiblesses car en tant qu’aînée, il est de mon devoir de l’épauler et de la guider malgré l’insuffisance évidente de mes ressources pour le faire.

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Armïnde
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MessageSujet: Re: Armïnde et Lowise des Mimosas, la saga familiale   Jeu 26 Jan - 11:53

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Il devient clair que si nous ne voulons pas devenir des abominations de guerre dépourvues d’identité propre et laisser nos âmes se diluer complètement dans l’horreure ambiante, il va falloir agir. A la maison nous vénérions Tarvil, Dieu des Elfes, de la Terre et de la Nature ainsi que Santic, Dieu de la découverte et de l’exploration mais aussi des arts et de la curiosité. Ils faisaient partie de notre quotidien au même titre que les arbres, la récolte automnale, le changement des saisons mais compte tenu des circonstances actuelles, il me paraît aberrant de nous tourner vers Eux qui semblent nous avoir abandonnées à notre sort. Existent-ils seulement ? Low reste laconique sur le sujet. « Oui, les prières fonctionnent, les blessés guérissent.» « Mais elles ne portent point le salut », ajoute-je en la regardant silencieusement.

La voie de la guerre ne paraît pas plus prometteuse. Après des mois et des mois de batailles aussi sanglantes que vaines tout ce que nous avons gagné est un dégoût profond envers les monstres que nous sommes en train de devenir et un sentiment de désespoir grandissant alors que les hordes de nos ennemis ne semblent guère se tarir, bien au contraire. Si nous voulons saisir la nature de notre rôle dans ce déchaînement d’atrocités, il va falloir comprendre les tenants et les aboutissants de ce qui se passe sur Telara et pour cela, il faut que d’une façon ou d’une autre, nous ayons accès aux renseignements confidentiels destinés aux seules oreilles de quelques dirigeants et chefs stratèges. Pour la première fois je comprends que peut-être, peut-être seulement c’est une voie sur laquelle je pourrais tenter d’avancer en me servant de mes maigres talents de furtivité.

C’est à partir de là que nous commençons à mettre au point un premier plan d’action qui demandera certes plusieurs semaines de préparation avant d’être mis à exécution mais devant l’éternité qui nous a été imposée, ce n’est sûrement pas de temps que nous allons manquer.

Je pars en voyage pour la première fois depuis notre ascension en laissant Low à Sanctum, le cœur lourd. Quand je franchis le porticulum du Pic du Pin de Fer, je suis saluée par une bourrasque de vent et de neige qui n’a rien perdu de sa puissance par rapport à mes souvenirs. Il y a ce qui paraît être des années de lumière, nous avons passé ici deux semaines en famille. Papa y était pour une mission diplomatique auprès de l’Œil glacé et une fois n’est pas coutume, il avait accepté qu’on l’accompagne. Ce n’est pas le moment de se laisser emporter par la nostalgie, je mets une main en visière pour me protéger les yeux et j’avance péniblement dans une neige poudreuse qui m’arrive jusqu’aux genoux.

Mon séjour au Pic se passe sans incidents. Je me présente en tant qu’élève de l’Académie du Vif-Argent et grâce à une lettre d’introduction falsifiée on m’ouvre les portes du Cœur des Labeurs sans plus de formalités. Les voies de communication étant limitées pendant ces temps troublés, qui de toute façon pourrait mettre en doute ma parole ? Je profite de la confiance bienveillante des bibliothécaires pour me renseigner sur les coutumes et habitudes locales, je note quelques expressions typiques, je fais des emplettes dans le village des Chutes Blanches où je me procure une magnifique tenue tout en fourrure et en peau d’animaux sauvages ainsi qu’un collier de glace nuageuse. C’est le travail sur l’accent qui me prend le plus de temps. Certes, je ne me fais pas d’illusions quant à une maîtrise parfaite du dialecte local mais grâce à quelques locutions bien placées et une prononciation typée, j’espère être suffisamment crédible en tant que demoiselle Viveplume, jeune scribe au service de l’Ordre.  

De retour, je commence par prendre une chambre modeste à l’auberge et j’inscris avec application mon nom d’emprunt dans le registre que le réceptionniste ferme sans même y jeter un coup d’œil avant de me lancer les clés et de m’indiquer d’un hochement de tête l’escalier au fond du couloir. Une grande assemblée unissant les dirigeants des provinces gardiennes et les chefs de l’armée se tiendra à Sanctum dans les jours à venir. Des rumeurs courent concernant même une participation d’une délégation renégate. J’espère pouvoir y assister à mon tour en tant qu’observateur et j’envoie à cet effet une carte de visite sur laquelle je calligraphie soigneusement Viveplume, secrétaire ex officio de l’Œil glacé et demande humblement le droit de venir prendre des notes afin de les conserver dans les archives du Cœur des Labeurs. Deux jours plus tard arrive un pli scellé de la part du greffier de Sanctum m’octroyant effectivement ce droit. Incrédule, je dévisage la signature compliquée du haut fonctionnaire je suis saisie par un imperceptible tremblement d’excitation.  

Tout se déroule sans accroc, peut-être même trop facilement, me dis-je après coup. J’arrive le matin de la première journée en transpirant à grosses gouttes, habillée de mon manteau en fourrure et d’une robe longue en chanvre de couleur indéterminée qu’ont l’habitude de porter les sous-fifres de l’Œil glacé. Le soleil printanier tape déjà fort mais fidèle à mon rôle, il m’est impossible d’abandonner rien qu’une seule couche de mon accoutrement. Je demande avec le plus de naturel possible mon chemin à Low, postée en tant que garde d’élite à l’entrée du bâtiment où se tient le sommet et je m’installe au fond de la salle où j’espère ne pas éveiller trop de soupçons. Evidemment, je ne perçois aucun signe qui pourrait trahir la présence d’une délégation renégate. Les discours et les prises de paroles plus ou moins spontanées se succèdent mais malgré toute ma bonne volonté, les questions débattues ne perdent rien de leur opacité à mes yeux. Je finis par m’endormir bercée par les voix monocordes des orateurs et le grattement assidu des plumes de l’assistance. Je me réveille en sursaut. Il n’y a plus un bruit, les sièges sont déserts à part celui à côté de moi. Une jeune Kelari habillée avec retenue mais dans des tissus de choix s’y tient et me dévisage sans aucune vergogne. Je la regarde en clignant des yeux, sur mes gardes mais consciente qu’il est déjà trop tard. Où est Low ? Si je pouvais la rejoindre…

Sans mot dire, la Kélari se lève, me lance un dernier regard de ses yeux d’un violet profond que je ne sais déchiffrer et part en quelques mouvements lestes. Hébétée, j’hésite à la poursuivre alors que mon regard tombe sur un petit carré de papier blanc qui vient d’atterrir entre les rangées de bancs. Je me penche pour le ramasser au moment où la vague d’assistants et d’invités revient dans la salle pour la seconde moitié de cette journée. Le message est succinct : Dans 5 jours, au coucher du soleil, n’oubliez pas de vous présenter à la Tombe de Fer.

Evidemment j’ai mes hésitations quant à la marche à suivre. Abandonner le plan initial qui était de participer au Sommet jusqu’au bout afin de mettre à l’épreuve ma capacité d’assurer le rôle d’un inconnu et de rassembler autant d’information que possible, ou continuer. Je pèse soigneusement tous les arguments pour et contre et décide finalement d’aller jusqu’au bout - de toute façon, je ne saurais rien de plus avant cinq jours et si je disparais de la circulation, cela pourrait au contraire donner matière à soupçons à mon interlocuteur invisible.

Le véritable choc arrive cependant le lendemain. Le travail se poursuit maintenant dans des groupes d’experts. Le matin du deuxième jour j’assiste à celui consacré à l’utilisation stratégique des armes de sièges où deux scientifiques d’un âge indéterminé assomment leur audience avec des calculs sans fin de courbes, d’angles et de probabilités. L’après-midi je me décide pour quelque chose qui est plus proche de mes propres préoccupations en espérant comprendre mieux le contenu des délibérations - intersection des premiers secours : de l’importance des fortifiants. La séance commence avec du retard car tous les spécialistes ne semblent pas être arrivés.

Le premier intervenant, un certain professeur Brinsec, vient tout juste d’entamer son exposé sur les plantes communes les plus répandues dans la médication de l’armée que la porte s’ouvre en grinçant et une ombre se faufile dans la salle. « Ah vous enfin là, ma très chère », lance d’une voix tonitruante le président de la réunion en interrompant sans ménagement le professeur. « Oui, en effet, veuillez m’excuser, on m’avait parlé d’un cas intéressant dans votre hospice et je voulais absolument y jeter un coup d’œil avant que…enfin, avant qu’il soit trop tard. » « Toujours aussi curieuse et appliquée… » C’est comme si mon cœur s’était arrêté de battre soudainement et le monde éclatait en morceaux. Les mots du président se perdent dans un bruit monocorde et je ferme les yeux pour essayer de me ressaisir. Cela ne peut qu’être une illusion, un mauvais tour que mon esprit fatigué me joue. Et pourtant cette voix, je la reconnaîtrais parmi toutes, cette voix qui m’a bercée jusqu’au sommeil un nombre incalculable de fois, qui m’a accompagnée sur les sentiers de notre forêt, qui m’a appris les noms des fleurs et des arbres. J’ouvre lentement les yeux, n’osant pas y croire. Elle se tient bien là, sur le podium, toute menue, ses cheveux gris-argent coupés court et s’installe posément à côté de ses pairs. « Chère Lornae, pas besoin de vous présenter, votre renommée vous précède partout, merci d’être présente parmi nous aujourd’hui », le président se lève et la salue cordialement. « Je vous remercie pour votre aimable accueil, mon cher confrère », lui répond-elle avec un petit sourire et se tourne vers la salle, « Merci de m’avoir invitée à ce sommet, c’est un véritable honneur que de me trouver dans une assemblée aussi distinguée de scientifiques et de… ». Elle balaie la salle de ses yeux gris et infiniment sages sans m’apercevoir d’abord, puis son regard revient, s’arrête, me fixe et me reconnait. Je me lève, et complètement désorientée, je tente de faire un pas vers elle mais mes jambes vacillantes me trahissent et je m’effondre sur le sol froid avant de sombrer dans l’inconscience.

Au réveil je me trouve dans les jardins de Sanctum sur un banc de pierre, un torchon mouillé appliqué sur le front. J’essaie de me lever et obtiens en réaction un éclair de douleur qui semble vouloir scinder mon crâne en deux.
« Te voilà parmi les vivants enfin », dit-elle de sa voie enjouée.
« Maman…? »

« Oui, ma chérie ? »

« C’est vraiment toi ? C’est vraiment toi… comme avant ? », j’essaie d’ouvrir les yeux en ignorant les derniers rayons de soleil de cette après-midi printanière. Elle ne porte plus ses boucles opulentes d’un marron foncé et des pâtes d’oie ornent les contours de ses yeux mais à part cela elle est la même que dans mon souvenir. 

« Comme avant ? Non, plus rien n’est comme avant ma chérie », dit-elle pensivement, « Mais oui, c’est bien moi. Et c’est bien toi, et c’est bien Low, il n’y a pas de doute là-dessus. »

« Elle est là, Low ? »

« Elle n’est pas loin, elle finit son tour de garde et elle nous rejoint. C’est déjà assez qu’une des Desmimosas se dérobe à ses obligations. »

« La réunion, ton exposé ? »

« Je me suis excusée pour prendre personnellement soin de notre distinguée observatrice Mademoiselle Viveplume de l’Œil glacé. Mais qu’est-ce qui t’est passé par la tête au nom de Santic ? Infiltrer de la sorte un sommet militaire ? Ignores-tu tout sur la Sainte Inquisition ? Il faut être complètement inconscient pour jouer à ces jeux… »

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Armïnde
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MessageSujet: Re: Armïnde et Lowise des Mimosas, la saga familiale   Mar 9 Jan - 19:21

Armïnde se redresse, pose la plume et bouge ses doigts engourdis. Elle vient de passer la nuit à essayer de tracer sur papier ses premiers pas d’Elu et se rend compte que malgré l’effort fourni, le résultat ne fait qu’effleurer la surface des changements majeurs qu’elle a été amenée à subir. Elle se lève et s’approche de la cheminée pour tenter de raviver le feu. Bientôt de joyeuses flammes crépitent de nouveau dans l’âtre et remplissent le petit salon de leur chaleur chatoyante. Elle ferme les yeux afin de retrouver le fil de ses pensées.

Que s’était-il passé après ? Elles se sont retrouvées toutes les trois au domaine familial. Cela avait été étrange et libérateur à la fois. Evidemment, elle savait que l’attaque des plans avait à moitié détruit le bâtiment principal et que les vignes avaient toutes péri. Elle n’avait cependant pas été préparée à retrouver sa maison en plein travaux sous la direction énergique et implacable du vieux maître de chai, l’infatigable nain Tidas. Elle n’avait pas non plus été préparée à revoir leurs vignes, certes pas tout à fait telles qu’elle s’en souvenait de son enfance mais du moins bien robustes et portant des fruits. « Un petit miracle accompli grâce au savant mélange de mes concoctions et du savoir ancestral de notre vieux nain. », lui avait confié sa mère, un sourire de fierté sur les lèvres. Oui, car elle avait survécu à la catastrophe. Partie dans les montagne cueillir des fleurs pour décorer le banquet, elle-même avait été épargnée. En voyant des volutes de toxines s’élever de la vallée, elle avait immédiatement rebroussé chemin mais il était déjà trop tard quand elle avait enfin atteint le domaine.

Le premier choc avait été terrible et l’avait plongée dans un état d’indifférence et d’abandon total. Où qu’elle regardât, elle ne voyait que la mort et la destruction. Son mari n’avait jamais atteint sa destination, intercepté par les premières créatures sortant des failles. Son corps avait été retrouvé quelques jours plus tard à moitié dévoré, enseveli sous un tas fumant de têtes et de membres découpés de monstres diaboliques. Elle craignait le même destin pour ses deux filles mais n’avait pu obtenir aucune certitude quant à leur sort. Pendant des jours elle avait erré sans but entre les décombres de ce qui avait été son monde, la demeure de sa famille. Les jours devenaient des semaines et les semaines des mois. « Et puis, petit à petit je commençais à m’apercevoir des détails. Des choses insignifiantes, au début, vraiment. Les premiers flocons de neige et la terre gelée. Je ressentais du froid, pour la première fois depuis… Puis un rayon de soleil qui faisait scintiller les pics de glace. »

Installées dans le salon à manger où les travaux de rénovation avaient bien avancé, Armïnde et Lowise écoutent avidement le récit de leur mère. Des odeurs de pain frais et viande grillée viennent chatouiller leurs narines par la porte ouverte de la cuisine. « Et puis un beau matin j’ai entendu un toc-toc-toc comme si quelqu’un était en train d’enfoncer un clou dans un mur pour accrocher un cadre. Quelle idée saugrenue compte tenu des circonstances mais je vous assure, c’est vraiment à cela que ce bruit m’a fait penser. Et figurez-vous, je n’étais pas si loin que ça de la réalité. Bon, certes, il ne s’agissait pas d’accrocher un cadre mais plutôt d’essayer de retaper au moins une chambre histoire de pouvoir s’abriter du froid mais… il était là, Tidas, sur la pointe des pieds, perché en haut de son escabeau, des clous plein la bouche et un marteau à la main. » Lornae ferme les yeux et encore une fois un sourire vient éclairer son visage. « Pendant des mois je n’avais vu pour ainsi dire personne. Quelques villageois au début pour demander des nouvelles mais bientôt plus personne ne venait. Et puis d’un coup, ce vieux nain en train de jouer aux bricoleurs. Je l’avais cru disparu avec vous, abattu, dévoré, brûlé alors que pas du tout. Il vous racontera tout en détails mais en gros, lui aussi, il n'avait échappé à la mort que de justesse. Dans la plus profonde des caves au moment où l’attaque a eu lieu, il n’a eu vent des événements qu’une fois le pire terminé. N’ayant pas réussi à trouver âme qui vive chez nous, il aurait tout simplement pris le chemin le plus court pour se rendre à la vallée d’Ombrelune pour prendre des nouvelles de son propre clan. Et là-dessus il n’avait pas tort car comme je l’ai appris bien plus tard, l’assaut avait été donné partout en même temps et pas uniquement dans le bois d’Argent. »

Lornae se lève et sort pour revenir quelques instants plus tard avec une bouteille couverte de poussière et de toiles d’araignées. « Celle-là, je l’ai gardée pour vous, mes chéries. Enfin, non, je ne pouvais pas savoir mais je l’ai gardée pour une occasion. Vous voyez l’étiquette ? » Elle trouve un torchon dans ses jupons et essuie la bouteille pour la montrer à ses filles. « Elle date d’avant, c’était une excellente année tant en quantité qu’en qualité. On en avait mis à vieillir des centaines et des centaines de bouteilles. Et c’est la première que nous ouvrons aujourd’hui. » Elle débouche la bouteille, sent le bouchon d’un air expert et sert un fond de verre pour goûter ce liquide d’un rouge profond. « Excellent… donnez-lui un peu de temps et vous verrez », dit-elle enfin avec un soupir de soulagement.

« Evidemment, ça n’a pas été facile. Le premier hiver a été particulièrement rude. A nous deux nous avons réussi à rendre une des chambres plus ou moins habitable, c’est-à-dire qu’on ne voyait plus le ciel à travers le toit et malgré de méchants courants d’air, la neige ne s’accumulait plus dans les coins. Mais c’était à peu près tout. Petit à petit, cependant nos travaux avançaient. En deuxième lieu, Tidas tenait à remettre la cuisine en ordre. Cela nous a pris tout l’été mais l’hiver suivant nous avions un coin de feu et des plats chauds autres que du chevreuil à la broche. Et puis surtout cela m’occupait la tête. Oh non, ce n’était pas joyeux au départ mais tant que mes mains travaillaient et mon corps se fatiguait, mon esprit m’offrait un repos relatif. Il a fallu une dizaine d’années avant même que nous ayons l’idée de retoucher aux vignes. De toute façon pendant longtemps la vie y était absente. Mais un beau matin du printemps les premières pousses ont fait leur apparition. Elles étaient toutes rabougries au début, toutes noires et comme brûlées. On ne savait qu’en faire. Je les observais grandir et je me renseignais tant bien que mal. Nous avons consulté toutes les œuvres agricoles que nous avons pu nous procurer ainsi que celles sur les théories planaires. J’ai beaucoup expérimenté à cette époque et tous mes essais n’ont pas été couronnés de succès mais le résultat est là. Pas tout à fait comme avant, j’en conviens, mais le raisin est sucré et les plantes semblent être en bonne santé. Plus tard je vous ferai goûter notre premier nouveau vin, vous m’en direz des nouvelles. »

Armïnde et Lowise avaient aussi visité le petit cimetière au fond du domaine où reposaient les restes de leur père et de leur grand-mère. Un endroit calme et serein à l’ombre des arbres ancestraux. Elles avaient également écouté sa version des faits racontée par Tidas, accompagnée de nombreux verres du nouveau vin, surprenant mais point désagréable comme elles devaient l’admettre. Ce premier séjour depuis sa renaissance au domaine familial avait été déroutant, oui. Armïnde avait senti une tristesse incommensurable l’envahir en revoyant tout ce qu’elle avait perdu ainsi qu’une joie immense en contemplant les travaux entamés par Tidas et sa mère. Et elle avait compris son égarement et avait aperçu le bout du chemin à suivre. Car si sa mère avait pu continuer, alors qui était-elle pour abandonner ?

Les quelques jours sont passés vite mais malgré l’effusion de sentiments, elle n’avait pas pu effacer de ses pensées la Kélari et son message aussi énigmatique que succinct. Et c’est ainsi qu’au crépuscule du cinquième jour à compter du début du sommet à Sanctum, elle s’était trouvée camouflée dans son grand manteau à capuchon à guetter vers l’entrée de la Tombe de Fer son mystérieux correspondant.

Armïnde retourne vers la table basse, s’installe et note en hâte quelques lignes sur un bout papier retraçant sommairement les souvenirs évoqués, de quoi lui permettre de continuer son travail la nuit suivante. Pour aujourd’hui elle considère qu’elle en a déjà assez fait et mérite quelques heures de sommeil dans un lit douillet. Elle descend l’escalier menant à sa chambre sur la pointe des pieds pour ne réveiller personne et se glisse entre les draps. Pourtant le sommeil tant mérité ne semble pas vouloir venir et elle reste longtemps à contempler les premiers rayons de soleil qui percent leur chemin à travers les volets, les yeux grands ouverts dans le pénombre de sa chambre dans la demeure des voleurs.
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