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Si Partage, Plaisir et Courage sont autant de mots que vous portez en étendard... Si l'envie vous prend de vous investir pour le salut de Telara et le respect de nos valeurs... Alors cessez d'hésiter et entrez .... Votre place est certainement parmi les nôtres ...

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 Mordrahan : I- Renaissance

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Mordrahan
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MessageSujet: Mordrahan : I- Renaissance   Ven 31 Mai - 14:37

Terminus. Jamais nom ne fut plus approprié. La Fin des Temps approche.
Mon corps nouvellement éveillé me semble à la fois fort, léger et maladroit. La tête me tourne si je me déplace trop brusquement, mais les techniciens affirment que ce phénomène va rapidement s’estomper. Il faut juste que mon essence s’accorde totalement à cette enveloppe surnaturelle.
J’ai observé les forges en action, étudiant le processus de ma propre renaissance avec ce regard détaché qui fut toujours le mien quand il s’agissait de percer les mystères du pouvoir.
Ainsi Orphiel Vent-Lointain a réussi à retrouver notre ancien savoir. Nous avions toujours pensé que nos technologies devaient être préservées pour les générations futures. Les sables du désert ont gardé leurs secrets, mais Orphiel a su découvrir une usine intacte.

Je contemple l’analyseur d’âmes. Je me souviens de cette lumière pure brillant telle un phare au dessus de l’océan des âmes, m’arrachant à des éons de tourment indicible.
Catari. La cité est tombée, mais sa reine vit toujours. Elle m’attend, et je vais bientôt la rejoindre pour la servir. Asha Catari, digne héritière de sa lignée.
Celui qui m’a jadis tué m’a suivi durant des siècles, bien contre son gré, tel un de ces poissons parasites qui se collent aux carapaces des grandes tortues marines. Autrefois il s’est introduit dans mon laboratoire avec ses sbires, abattant ceux qui avaient été ses amis pour tenter de mettre la main sur nos secrets. La dernière salle a été son tombeau et le mien, car nous avions de longue date prévu ce genre de risque et mis en place des procédures d’autodestruction.

J’entends crier les captifs Gardiens dans la salle voisine. Leurs voix font écho au hurlement silencieux des âmes dans la forge. La renaissance est atroce, mais cette douleur bien physique contribue à nous libérer des serres de Regulos, dont l’ombre plane sur le Fleuve des Ames. Chaque os, chaque muscle qui se reforme brise un des fils de Néant qui enserre les âmes et les attire vers le Destructeur. Je me souviens de la voix chuchotant inlassablement, me promettant la paix éternelle si je me soumettais, me faisant miroiter un pouvoir au-delà de mon imagination, m’offrant la fin de mes tourments. Beaucoup ont sombré, leur volonté laminée.

Je regarde ma main. Quand mon corps s’est formé dans la forge, la Pierre de Source a capturé l’âme corrompue qui s’était soudée à la mienne, l’isolant dans une gemme aux reflets d’arc-en-ciel que j’ai trouvé serrée dans mon poing en sortant de la cuve. A présent, je la porte en bague. Le traître est devenu mon esclave, et je me servirai de ce pouvoir ténébreux qu’il connaît contre ceux qui le lui ont donné.

Je ne suis plus humain. Je suis un être semi-divin, et j’ai la fierté de voir le pouvoir de mon peuple enfin utilisé à sa juste valeur. Autrefois Telara fut privée de notre puissance qui aurait pu lui apporter prospérité et sécurité.
J’en ai vu de mes yeux d’Ascendant le terrible résultat. Une fois de plus les fanatiques et les faibles ont sombré, incapables de surmonter la menace de Regulos, préférant se soumettre à leurs dieux muets ou au Destructeur.

Il ne nous reste plus qu’un seul espoir. Réécrire l’histoire.
Je suis seul aujourd’hui. Seul avec des souvenirs issus d’un lointain passé. Les visions des cités Eth dans leur gloire hantent mes rêves quand je parviens à dormir. Leur chute résonne en écho au fracas du monde qui s’effondre au dehors. L’âme antique qui m’accompagne vibre de colère et de frustration.

Mes frères sont tous morts. Tandis que je trace sur ma peau les symboles anciens du Conclave des Flammes, je songe déjà à tout ce qu’il faudra rebâtir.
La machine attend. Elle va me ramener en un temps que je n’ai jamais connu. La belle et sage Asha y règne sur un peuple désorganisé, elle qui aurait dû porter la couronne de Catari la glorieuse. Nous ferons des Renégats une armée invincible, nous édifierons un Empire et nous sauverons Telara.
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Mordrahan
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MessageSujet: II- Le lieur d'âmes   Ven 25 Avr - 22:45

(petite remise à jour du BG de Mordrahan -et Sadar- avec quelques textes RP datant du début de leur histoire commune, et le dernier nouvellement écrit)
********************************************************************

Meridian.
Même la nuit la capitale des Renégats ne dormait jamais. En certains points elle rappelait à Mordrahan les antiques cités Eth. On y croisait une foule bigarrée et affairée, des technogolems, des guerriers aux montures caparaçonnées, des érudits qui marchaient le nez dans leurs livres, des marchands…
La manufacture était l’un de ces pôles à l’activité incessante, mais il la traversa d’un pas rapide sans accorder le moindre regard aux artisans et aux badauds.
L’Institut des Etudes Planaires tranchait par son calme studieux, dominé par le lent mouvement perpétuel du planarium.

Mordrahan se dirigea droit sur Sylver Valis. Le kelari maigre et nerveux l’irritait toujours un peu par son arrogance et son manque évident de discipline, mais il n’oubliait pas que c’était par son génie que les Renégats triompheraient. Par quel mystère cet elfe fantasque avait-il réussi là où Orphiel avait échoué ? A moins que l’histoire n’ait oublié quelques chaînons…
Le savant se retourna, déjà prêt à disserter sur l’expérience en cours devant son visiteur, mais celui-ci le coupa dans son élan après un bref salut.
« Sylver, je dois utiliser le relieur d’âme. Est-il opérationnel ? »
Sylver Valis fronça les sourcils. Il détestait être apostrophé de la sorte, sans les formes. Mordrahan sourit, il avait besoin de sa coopération immédiate.
« Je ne voudrais pas abuser de votre précieux temps, mais je suis certain que vous pouvez régler cet appareil précisément de la manière appropriée, et je préfère m’adresser à vous qu’à un de vos employés, on ne sait jamais ce qui peut arriver… »
« Un problème avec vos âmes, Elu ? » Le regard de Valis brillait d’intérêt.
Mordrahan hocha la tête.
« Rien que vous ne puissiez arranger, assurément. »

Un quart d’heure plus tard le sorcier eth se trouvait installé dans la machine, sous la surveillance de deux technogolems chargés d’enregistrer toute la procédure.
Les arches du lieur d’âmes s’inclinèrent, et le flux d’énergie l’entoura, hérissant ses cheveux et faisant frémir sa peau. La pierre de source de sa bague se mit à luire intensément, et la conscience qu’elle renfermait se fit plus présente, luttant avec la sienne, cherchant à se libérer. Il ferma les yeux, concentré sur sa vision mentale.

Autre lieu, autre temps. Un passé qui l’avait conduit via la mort vers un futur dévasté qui n’existerait jamais.
Sadar. Son meilleur apprenti. Celui qui l’avait trahi.
Un ricanement sous son crâne.

Tu m’as sous-estimé, Shalafi. Tu pensais vraiment que je me contenterais des miettes ? je n’ai accepté de te servir que pour apprendre et te dépasser. Et maintenant tu veux faire de moi ton esclave ? Tu es trop faible…

Mordrahan serra le poing. L’intensité du flux de source augmentait, et Sadar luttait pour résister aux liens qui enserraient son essence. Rage et haine contre froide détermination.

Elle sera à moi.

Une pensée vicieuse, acérée comme un coup de dague porté au défaut de la garde. Une série d’images fugitives, une sensation glacée dans sa main gauche, comme lorsqu’il avait tenu celle de Syrielle… Sa concentration vacilla un instant, et l’âme de Sadar émit un rire triomphant, envahissant son esprit de ses sombres désirs.
« Non ! »
Capter le flux, écraser de sa volonté et de sa fureur cette âme corrompue comme il avait autrefois carbonisé son corps avant de déclencher l’autodestruction du laboratoire…
Un murmure.

Je connais ton point faible, Shalafi… Et nous sommes liés…


La douleur dans ses doigts était atroce, mais la voix s’éteignit enfin.

Mordrahan rouvrit les yeux. Sa main gauche l’élançait, la pierre avait pris un reflet violacé et la chair semblait brûlée. Surcharge. Il faudrait plusieurs jours pour que cela s’estompe, il avait déjà expérimenté ce type d’effet secondaire de l‘exposition à la Source. Mais Sadar se taisait, vaincu, au moins pour un temps.
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Mordrahan
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MessageSujet: III- l'Estoc d'Anthousa   Ven 25 Avr - 22:51

L’air marin soufflait doucement par la fenêtre de la haute tour, caressant la nuque du mage installé à sa table de travail. Mordrahan avait pris du retard dans ses rapports. Trop de travail sur le terrain, trop de découvertes en trop peu de temps.
Il prit un parchemin, et commença à écrire.

Estoc d’Anthousa
Rapport sur les activités de la Gueule d’Or aux Gorges Ecarlates.
Destinataire : Homme sans Visage
Code : Conclave des flammes

La Gueule d’or a mis au point des extracteurs d’âme qu’elle utilise sur ses esclaves mineurs quand leur corps devient trop affaibli pour être apte au travail.
La machine extrait l’âme du corps et l’enferme dans un cristal.
Vous trouverez joint à ce rapport un coffre contenant plusieurs échantillons.
Ces cristaux d’âme sont utilisés pour animer les technogolems.
J’ai pu constater que cela fonctionne parfaitement. Les âmes sont asservies, et privées de conscience, mais cet état est réversible.
Les technogolems ont besoin de se recharger régulièrement grâce à la pierre de source, l’âme ne suffit donc pas à leur fournir l’énergie nécessaire..

Je suggère une opération de récupération de ces machines, qui pourraient être très utiles à Valis et Ventlointain. Toutefois la découverte de la nature de ces opérations a grandement choqué la population locale, et la discrétion devra être de rigueur dans cette intervention.


Il posa la feuille, et leva les yeux vers un des murs du laboratoire. Posé sur une étagère, un cristal bleuté scintillait faiblement.
Cet échantillon-là, il le conserverait pour son propre compte. Le cristal contenait l’âme du mage qui dirigeait le fonctionnement de l’extracteur d’âme de la Gueule d’Or. Mordrahan l’avait lui-même poussé dans sa propre machine. Il ne nuirait plus à personne, mais il pouvait encore se révéler utile.

Son regard dériva vers un coin où étaient entassées plusieurs caisses métalliques. Elles contenaient les éléments chargés d’énergie planaire qu’il avait ramenés des Bois Meurtris. Vie et Mort, puisés à même les failles. Il avait vu de ses propres yeux quelle puissance phénoménale on pouvait tirer d’une association judicieuse de ces deux éléments, et comptait les utiliser pour améliorer sa maîtrise magique de ces forces opposées. L’équilibrage serait délicat, cependant. Nul doute que Syrielle pourrait l’y aider…
Il prit un second feuillet.

Estoc d’Anthousa
Rapport confidentiel sur Uriel Chuluun
Destinataire : Kira Thanos
Code : Conclave des flammes

Je tiens à porter à votre connaissance quelques informations complémentaires à mon rapport oral.
La vieille Bahmi Mulia semble se montrer insistante à enseigner la magie noire de Regulos à Uriel. Rien que cela est suspect, et même si Uriel refuse pour le moment de suivre cette voie, les paroles de Mulia impliquent qu’elle y viendra tôt ou tard.
Or Uriel montre dans ses études une passion et une fascination bien différentes de l’habituelle pondération réfléchie de son peuple. Elle est de plus une marginale désireuse de prouver sa valeur. Cela associé à une étude intensive du pouvoir le plus corrupteur qui soit me pousse à vous conseiller une surveillance renforcée.
Je me dois de vous rapporter également les mots de Zahalred, mage nécromancien de Poivremort, l’homme étant visiblement compétent et mesuré ses paroles me paraissent à noter.
Il dit ceci : Il y a quelque chose d’étrange chez cette Chuluun. Je n’arrive pas à trouver quoi. Mais elle a quelque chose qui ne tourne pas rond. Vraiment pas.

L’Homme sans Visage a chargé Uriel d’étudier les méthodes des Cultes pour mieux les combattre et retourner leurs armes contre eux, mais nous devons nous garder contre le risque que ce soit le contraire qui se produise.
Je reste à votre disposition pour tout complément d’enquête à ce sujet.


Le mage replia les deux feuillets, sans les sceller.
Il les remettrait au Gardien de l’Estoc, et celui-ci pourrait ainsi les lire avant de les transmettre à l’Homme sans Visage et à la Vipère Bleue.

Mordrahan mit en marche l’appareil installé sur une petite table près de son bureau. Pour ses archives personnelles, il utilisait la technologie eth, enregistrant ses commentaires de travail sur le vif aussi bien que des rapports de synthèse. Le cristal de source se mit à briller, la machine émettant une sourde vibration.
Le mage abaissa un curseur et lut d’un ton doctoral les mots inscrits sur la feuille de papier qu’il tenait à la main, résultat de ses expérimentations de la veille.

Compte-rendu d’expériences planaires
Sujets : G, S
Objet : réduction d’une torsion planaire

Etat initial du sujet :
Blessure planaire avec torsion dimensionnelle, nœud d’énergie de Feu résiduel bloqué dans le corps.

Traitement appliqué :
- Compensation par apport d’énergie planaire d’Eau. Amélioration temporaire.
- Utilisation d’un extracteur pour soulager la douleur. Captage par énergie de Mort et transfert dans le construct Sadar.

Examen par S. Capacité d’analyse instinctive et de rééquilibrage par interaction physique directe. Réduction nette du nœud de Feu.

Mise au point d’un protocole d’équilibrage utilisant cinq condensateurs planaires en parallèle, chacun délivrant un flux spécifique.
Feu, Eau, Terre, Air.
Mort pour le complément de remplissage car le corps de G est fortement aligné sur cet axe.


Dans le silence retombé, Mordrahan jeta la feuille dans la cheminée, et coupa l’alimentation de l’enregistreur. Le temps de se faire une tasse de thé, et il devrait se remettre au travail.
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Mordrahan
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MessageSujet: IV- Expériences   Ven 25 Avr - 22:54

Meridian, un de ces nombreux laboratoires situés dans les sous-sols de l’Institut. Là où les Renégats testaient leur technomagie au fil d’expériences dont seuls les Invisibles avaient connaissance.
Celles qui produisaient des résultats exploitables donnaient lieu à des rapports adressés à Sylver Valis et Orphiel Ventlointain, et ces derniers décidaient des travaux ultérieurs à entreprendre.
Celles qui ne produisaient rien de plus que leur objectif immédiat sombraient dans l’oubli, ou finissaient dans le secret des archives de l’avant-dernier étage de l’Aiguille d’Orphiel. Cela valait sans doute mieux, car nombre de ces expérimentations auraient choqué même les plus endurcis des soldats Renégats.

Mordrahan venait de passer plusieurs jours sans sortir des laboratoires, dormant à peine, mangeant quand il y pensait. Quand il travaillait ainsi, il bénissait la vigueur surhumaine de son corps de Source.

Un technogolem évacua le cadavre du dernier captif. Moroana avait bien travaillé, elle lui avait livré six cultistes à peu près en bon état. Vivants en tout cas, ce qui suffisait.
Il coupa l’alimentation de la machine et étudia les derniers relevés.
Il disposait à présent de données comparatives précises.
Comme il l’avait soupçonné, les Enkarus étaient des demi-âmes. Leur corps vivait, grâce à l’anima physique qui y était encore enfermée, mais il ne restait aucune trace de l’anima des esprits.
La machine qu’il utilisait avait été ramenée des Gorges Ecarlates, dans le plus grand secret. Modifiée par Sylver Valis, elle était couplée à de nombreux appareils de mesure et à des concentrateurs planaires. L’extracteur d’âmes déjà parfaitement opérationnel avait été transformé de manière à fournir un flux réversible, et c’était ce dernier processus que Mordrahan avait testé sur ses cobayes.

Les résultats fourniraient sans nul doute matière à de nombreuses études.
L’anima physique possédait un pouvoir de régénération exceptionnel, mais elle était hautement volatile ce qui imposait une utilisation directe et immédiate. L’anima de l’esprit se condensait plus facilement, processus déjà maîtrisé en grande part grâce au savoir ramené du futur par les premiers voyageurs temporels, et utilisé dans les Forges pour créer les Ascendants.
Mordrahan avait tenté une fusion sur un Enkaru. La logique voulait que deux demi-âmes puissent recomposer un être complet. La logique avait été respectée, mais il s’était heurté à l’imprégnation de la créature par le Néant. L’âme ne pouvait se fixer à un corps ainsi marqué, et elle était rapidement détruite. Le premier sujet n’avait même pas repris conscience, et son corps avait succombé au traumatisme.

Le sorcier avait effectué plusieurs tentatives, et avait finalement réussi à équilibrer le corps en lui injectant l’anima physique d’un de ses cobayes. L’âme avait bien fusionné, et il avait vu le regard de la créature le fixer avec une intelligence évidente.
Sa satisfaction avait été de courte durée, car l’être se révéla très vite atteint de démence et de pulsions violentes. Les Invisibles l’avaient emmené, indiquant à Mordrahan que le cas ne relevait plus de ses compétences.

Epuisé mais satisfait, le sorcier quitta Meridian. Il en avait appris suffisamment sur la manipulation des énergies vitales pour passer à l’utilisation concrète. Son idée première de rendre un corps vivant à Sadar trouva refuge dans un tiroir de son esprit. C’était prématuré, mais il avait la preuve que c’était réalisable.
Pour l’heure, il devait résoudre le problème des yeux de Moroana. Les expériences lui avaient fourni une partie de la réponse, et il savait où poursuivre son étude.
Il franchit le porticulum, et se retrouva sous le crépuscule permanent de l’ancienne Mathosia.
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Mordrahan
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MessageSujet: V- Méditations   Ven 25 Avr - 22:56

Mordrahan se glissa en silence hors des bras de Syrielle et hors de la pièce qui était devenue leur chambre. Debout près de l’immense lit qui occupait la majeure partie de son ancien bureau, il contempla un instant la jeune femme endormie, sourire léger sur ses lèvres entrouvertes, fleur épanouie dans la corolle désordonnée de ses cheveux défaits. Puis il laissa retomber les rideaux de velours du baldaquin.

Il ne dormirait pas cette nuit.
L’étreinte douce et passionnée de sa compagne n’avait pas suffi à chasser les ombres de son âme. Les doutes affichés du Gardien l’avaient ébranlé, son étrange proposition l’avait déconcerté. Shindaal ne cesserait donc jamais de le surprendre.

Le mage cueillit sa théière d’argent sur une table, fourra sous son bras le tapis bahmi et le brasero qui accompagnaient toujours ses voyages et ses méditations, et quitta l’abri de la tour sous le regard impassible des sentinelles en faction.
L’air vif du large ébouriffa ses cheveux et fit voler les pans de la simple robe de lin qu’il portait. Il sourit et s’installa sur un promontoire rocheux, face à la mer.
Un instant de solitude parfaite. Ou presque.
Il savait pertinemment qu’il était surveillé, mais n’en avait cure. Dans un recoin de son âme, Sadar s’agitait nerveusement, mais il avait le bon sens de se taire.

L’heure était venue de faire un choix.

Tu l’as déjà fait, Shalafi.

C’était vrai. En revenant à l’Estoc après son voyage dans le passé douloureux de son peuple, il avait choisi de lier sa vie à celle des Invisibles, de donner sa confiance à ce kelari secret et cynique qui avait gagné son respect, de combattre dans l’ombre.
Mais il s’était piégé lui-même.

Sylver Valis avait accueilli d’un œil favorable ses requêtes et observé avec intérêt ses recherches. Cela au moins s’était déroulé comme prévu. Il avait à présent le savoir et les moyens nécessaires pour rendre ses yeux à Moroana.
Mais il s’était heurté à un mur quand il avait voulu en découvrir davantage sur Syrielle.
Oh certes, elle figurait dans la liste de recensement des Ascendants, ce qui confirmait son hypothèse première. Syrielle était un des Ascendants de seconde génération, un de ceux encore peu nombreux nés dans la Forge de ce temps. Mais son dossier comportait aussi la mention d’une anomalie lors de sa renaissance.
Le reste du dossier était classifié, rangé dans les archives secrètes des Invisibles, et on lui en avait refusé l’accès.

Le brasero ronronnait doucement, et il se servit une tasse du thé odorant.

Cette visite à l’Homme sans Visage lui laissait une cuisante sensation d’échec. Il n’aurait pas les renseignements qu’il cherchait, et l’argument qu’on lui avait opposé relevait d’une logique scientifique implacable. Pour conserver son objectivité, il devait trouver les réponses lui-même. Et de surcroît, il devrait à présent partager ses trouvailles.

Sadar ricana en écho à ses pensées. Mordrahan ferma lentement le poing, tournant vers la demi-âme de son disciple la violence de sa fureur. Le rire s’éteignit, mais le mage n’en retira aucune satisfaction, et il relâcha finalement son étreinte mentale.

Tu as raison, Sadar, je me suis fait avoir comme un bleu.

Et tu vas devoir à présent choisir qui tu trahis. En fait tu sais déjà ce que tu dois faire, et c’est pour ça que tu es en colère. J’ai connu ça, autrefois…

Autrefois…
Autrefois j’étais un sorcier au service de mon Roi. Autrefois je travaillais à gagner toujours plus de puissance et de savoir. J’ai participé à la préparation de la Convocation. Je devais être un des Elus et j’en étais fier. Notre Empire était glorieux et devait rayonner à jamais sur Telara…


Un miaulement plaintif tira le mage de ses sombres souvenirs. Il tourna la tête, et contempla l’esprit chat translucide assis sur le rocher à ses côtés. Ce n’était pas Nuage, qui dormait en ce moment près de Syrielle. C’était le reflet de la douleur de milliers d’âmes fauchées par le Néant. Cette ombre marchait dans la sienne depuis son voyage dans le désert, depuis qu’il avait foulé le sol des ruines eth et rencontré les témoins sans âme de la fin d’un âge d’or. Elle ne le quitterait jamais, et elle était un fardeau bien plus lourd que son encombrant disciple.

Il avait rapporté le moteur de source de l’amplificateur d’âmes à Asha Catari. Sa Reine, la dernière de l’Empire déchu. La seule personne en qui il avait assez confiance pour lui remettre l’objet qui pouvait reproduire une catastrophe.
Mais le passé le hantait, lui rappelant sans cesse la faiblesse des hommes, sa propre faiblesse.

Il termina sa tasse de thé.
La faiblesse. Voilà pourquoi la scène de la veille l’avait ainsi perturbé. Ils étaient des êtres supérieurs, ils ne pouvaient pas se permettre de douter, de faillir à leur devoir. Et si cela leur arrivait, car il restaient en partie humains, ils devaient le cacher, le surmonter. Comme faisait Asha. Comme avait fait le Gardien jusqu’à ce soir.

Comme tu le feras, Shalafi.

Le ton était respectueux.
Mordrahan tendit la main et caressa la tête de l’esprit chat, qui disparut.
Le mage se leva, et contempla la tour.
Il n’était là que pour une seule raison. Protéger ce monde. Défendre l’Existence contre le Néant. Vivre et aimer la Vie, car y renoncer signifiait perdre la bataille. Accepter le risque de tout perdre. Et surtout ne jamais se renier.
Il ramassa le brasero, et remonta vers la tour d’un pas déterminé.
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Mordrahan
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MessageSujet: VI- Visions d'Atia   Ven 25 Avr - 22:58

Ile de Braise. Atia.
Au loin le volcan crachait inlassablement son immense panache de fumée âcre, parcouru par les rubans iridescents d’énergie planaire pure qui jaillissaient du cratère.
En contrebas de la forteresse, la déchirure planaire avait laissé filtrer les tentacules d’une faille d’eau dont les vapeurs corrompues libéraient des vagues d’assaillants voués à tomber sous les coups des Ascendants qui parcouraient l’île. A moins qu’ils n’affrontent leurs semblables d’un autre Plan au détour d’un chemin…

Assis en tailleur auprès du cristal gardien du temple, Mordrahan n’avait cure des luttes habituelles qui se déroulaient dans la jungle sauvage et les pierres brisées. Plongé dans une profonde méditation, le sorcier s’appliquait à accorder son essence aux fréquences planaires qu’il ressentait en ce lieu plus que nulle par ailleurs.

La rencontre avec l’esprit gardien du temple l’avait confronté à ses propres limites, et avait ouvert un niveau supplémentaire de compréhension de sa nature d’Ascendant. Certains auraient qualifié cela d’expérience mystique, mais comme l’avait fait remarquer Shindaal, la manière de prier des Kelari n’avait rien de commun avec l’image ordinaire du suppliant agenouillé devant les Dieux.
L’assaut physique avait été brutal et l’avait contraint à puiser dans la moindre de ses ressources pour survivre et vaincre, et il était exclu qu’il échoue sous les yeux d’une des rares personnes dont le jugement avait de la valeur à ses yeux. L’épreuve avait été rude, mais n’était rien comparée à ce qui avait suivi.
Même si sa logique savait que ce qu’il avait vécu n’était qu’une projection mentale, la vision l’avait profondément ébranlé.

Alors qu’il touchait la pierre sacrée, il avait senti sa propre conscience se diviser, et deux silhouettes s’étaient matérialisées devant lui. Fantômes immatériels, l’un familier, l’autre parfaitement étranger.
A sa gauche, Sadar le fixait avec un sourire amusé. Il avait l’apparence du jeune homme qu’il était au moment de sa mort, séduisant, provocateur. Et en un instant son expression se fit sérieuse, et il s’inclina avec un seul mot :
« Shalafi. »
Le ton était respectueux, et dans ce simple geste était contenue l’évidence de sa soumission. Sadar suivrait son maître dans son ascension, et le servirait loyalement cette fois. Mordrahan lui avait déjà arraché ce qu’il avait autrefois appris auprès des adeptes draconiques. Sadar lui donnerait à présent librement son pouvoir et ce qui restait de son âme, en échange de la promesse d’un nouvel âge d’or. Qu’il n’aie guère d’autre choix n’enlevait rien à la valeur de son allégeance, et Mordrahan le salua d’un signe de tête similaire à celui qu’il réservait à Shindaal.

A sa droite, l’autre fantôme observait, impassible. Un kelari, grand et maigre, revêtu d’une robe traditionnelle aux couleurs chaudes, sa longue chevelure dorée cascadant autour de son visage sculpté dans l’ébène. Ses yeux couleur de flamme fixaient Mordrahan avec une expression d’avidité.
Le spectre ouvrit la bouche, et sa voix n’était qu’un murmure sifflant.
« Tu ne me connais pas, eth, et mon nom n’a plus d’importance. J’ai vu dans ta mémoire des merveilles qui égalaient les nôtres, et tu les as perdues comme j’ai perdu ma gloire et mon peuple. Je sais ce que tu veux, et puisqu’on a lié mon âme à la tienne je n’ai qu’un moyen de trouver enfin le repos. »
Le spectre leva lentement une main osseuse, et une aura de feu se dessina autour de ses doigts.
« C’est mon pouvoir qui t’a guidé ici. C’est lui que tu as éveillé au cœur du volcan. Mais je ne veux pas être ton esclave, je n’ai jamais été asservi à personne et je ne le serai jamais. Libère-moi, et toute ma puissance sera tienne. Si tu refuses, tu devras me combattre… »
Sadar attendait, les bras croisés dans ses manches, la tête légèrement inclinée dans l’attitude confiante et attentive du disciple qui contemple son maître à l’œuvre.
Mordrahan hocha la tête, et tendit à son tour la main vers le kelari.
A l’instant où leurs doigts se touchèrent, le visage austère du spectre se détendit, un sourire fugitif éclairant ses traits taillés à la serpe. Un éclair jaillit, et un frisson secoua le sorcier tandis qu’il ressentait simultanément la rupture d’un lien spirituel dont il avait jusque là ignoré l’existence et l’afflux de puissance brute qui en résultait.

Le temps d’un battement de cils, et la vision s’effaça, le ramenant dans le temple, auprès de Shindaal qui semblait tout aussi choqué que lui. L’instant suivant, son ami lui confirmait la réalité de sa vision en confessant avoir vécu une expérience similaire. Peu après ils visitaient l’esprit gardien du temple, avant de se séparer pour poursuivre leurs tâches respectives. Mais au lieu de retourner au laboratoire, Mordrahan était remonté au grand air, encore hanté par sa vision.
A son doigt la bague luisait faiblement, écho d’un pardon enfin accordé.
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Mordrahan
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MessageSujet: VII- Puisse le Soleil éclairer ta route   Ven 25 Avr - 23:03

(un an plus tard...)

Verivage, un peu avant l’aube.
La lune sombrait dans la mer, et le ciel commençait à pâlir.
A l’étage intermédiaire de la tour, devant la fenêtre ouverte, une silhouette immobile était affalée dans un fauteuil. Les derniers rayons de la lune teintaient ses cheveux d’argent, mais ne suffisaient pas à dissiper les ombres de la pièce encombrée.
Les bougies s’étaient consumées, plongeant le bureau de Mordrahan dans la pénombre, mais le sorcier n’avait pas bougé. On aurait pu le croire endormi, si son regard n’avait pas été fixé sur l’horizon. La tasse de thé posée sur la table près de lui était froide depuis longtemps.

Le vent se leva, et une rafale rabattit la fenêtre, faisant voltiger les documents épars sur le bureau de bois travaillé, et tirant le mage de sa léthargie. Il se leva, referma la fenêtre, et contempla la petite pièce illuminée par le soleil rasant.
Un verre à demi rempli de rhum parfumé reposait sur le bureau parmi les livres. Il l’avait fait préparer pour Naisshaa, mais elle n’en boirait plus, à présent. Il l’avait laissé là depuis qu’elle était partie, comme un témoin de sa conscience embrumée et d’une erreur de jugement qu’il ne pouvait effacer.

Les épaules de Mordrahan s’affaissèrent, et son regard s’embua. Il se sentait soudain vieux et désabusé.
Il prit le verre, ouvrit la fenêtre et jeta son contenu au vent, puis il resta debout devant la mer, pensif.  La solitude lui pesait rarement, mais sa mémoire retourna un instant vers d’autres nuits passées dans ce même bureau, en compagnie de son vieil ami Shindaal.
Le kelari austère à l’esprit et aux mots tranchants comme des lames ne l’aurait pas ménagé, assurément. Aurait-il considéré son attitude comme une réaction émotionnelle incontrôlée ou comme une sage précaution ? les deux à la fois très probablement, et il l’aurait surtout sermonné pour ne pas avoir su écarter plus tôt les voiles de l’affection qui troublaient son objectivité.
L’intelligence affûtée et le pragmatisme froid des Invisibles lui manquaient. L’Ordre Draconique avait rempli la fonction de refuge et de creuset qu’il en attendait, l’enrichissement spirituel et humain qu’il en retirait était indéniable, mais il devait aussi admettre qu’il avait laissé ses faiblesses humaines remonter à la surface plus qu’il n’était raisonnable.

Il se redressa, sortant de sa méditation pour retourner s’asseoir derrière le grand bureau. Il prit une feuille de papier, rédigea quelques lignes puis scella le parchemin. Se lamenter sur ses échecs n’était pas dans son tempérament, il était temps de passer à l’action et de tenter de réparer ce qui pouvait l’être.

Une heure plus tard, le sorcier quittait son domaine, emportant pour tout bagage un sac de cuir patiné contenant des provisions, une tente nomade et un tapis bahmi, sa théière et son brasero, quelques livres et l’antique échiquier eth dont il avait jadis offert une copie à Shindaal. Il glissa le communicateur de l’Ordre dans la fonte de sa monture après l’avoir éteint.
Sur le seuil de la tour, il activa les défenses de l’île, modifiant les codes de la station de commande. Les canons du bâtiment latéral émirent un ronronnement sourd, et il entendit les claquements métalliques du canon à source longue portée qui pivotait en position de tir. Les tourelles du ponton crépitaient en se chargeant d’énergie. Personne hormis Sadar et Shindaal ne pourrait pénétrer dans la zone en son absence.

Il traversa la passe, déposa sa missive dans la boîte à lettres en bas de Meridian, remonta la capuche de la robe de nomade usée qu’il portait avant d’enrouler l’écharpe jusqu’à ses yeux, et partit au galop dans un nuage de poussière.
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MessageSujet: Re: Mordrahan : I- Renaissance   Dim 13 Juil - 19:00

(Pour Naisshaa^^)

La nuit tombait sur l’île de Vérivage, et comme à l’accoutumée à cette heure particulière, Mordrahan s’arrachait à ses travaux pour contempler le paysage. La vue du haut de la tour était à couper le souffle, et il aimait regarder le soleil sombrer dans la mer dans une explosion de couleurs chaudes.
Le sorcier versa le thé brûlant dans une tasse, et s’appuya à la rambarde, savourant l’instant de détente qu’il s’accordait. Derrière lui, les machines ronronnaient doucement.

Un bruit de cavalcade le tira de sa rêverie. Le temps qu’il traverse la terrasse, le visiteur avait atteint le seuil et franchi la porte.
Mordrahan posa sa tasse et jeta un regard à l’écran de contrôle du système de sécurité. Très peu de personnes avaient accès au domaine, et encore moins pouvaient entrer dans les bâtiments de leur propre chef. Le sorcier se planta devant l’escalier et attendit, vaguement inquiet. Il n’était pas prévu que Sadar vienne à cette heure…

Quelques marches plus tard, le jeune mage émergeait de l’ombre devant son maître, les bras chargés d’une masse entourée d’un drap à la forme aisément identifiable. Son expression mélangée d’horreur et de détermination n’augurait rien de bon.
« Shalafi… j’ai besoin de votre aide. »
Mordrahan hocha la tête, et dégagea rapidement une table.
Sadar déposa son fardeau et déplia le drap, dévoilant un corps frêle de taille moyenne, en grande partie carbonisé. Mordrahan l’examina avec attention, en silence.
Les contours du corps restaient reconnaissables, il s’agissait d’une femme elfe ou kelari, ou d’une adolescente humaine. Le feu l’avait défiguré, et il ne restait plus assez de vêtements sur la chair pour donner le moindre indice sur son identité.
Le mage recouvrit le corps, et se tourna vers son disciple, interrogatif.
« Je suis allé chez Naisshaa, et j’ai trouvé la maison en flammes… et dedans ce corps, et le genre de désordre qu’on peut provoquer en se battant dans une pièce. Un meuble renversé… et le chandelier tombé, je pense que c’est lui qui a mis le feu… »
Sadar s’interrompit, puis ajouta, d’une voix qui tremblait un peu.
« Je l’ai emmenée chez moi… mais je n’ai pas le matériel qu’il faut… ce corps est celui d’une Elue. Shalafi, je vous en prie, dites-moi si c’est elle… »

Mordrahan avait déjà mis en route l’analyseur planaire pendant que son disciple parlait. Sadar emporta le cadavre jusqu’à la machine, puis vint se poster près de son maître devant le poste de commande. Les minutes qu’il fallut à la machine pour afficher son diagnostic leur semblèrent une éternité, et finalement Mordrahan murmura
« Ce n’est pas Naisshaa… mais je pressens d’autres problèmes. »
Sadar prit une profonde inspiration, soulagé, puis se pencha vers le diagramme dominé par le violet, tandis que le sorcier poursuivait
« J’ai déjà vu ce genre d’aura… ton épouse avait exactement la même quand nous avons failli la perdre. Cette femme est bien une Elue, mais c’est aussi une disciple de Régulos. La question qui se pose est donc de savoir ce qu’elle faisait chez Naisshaa, et comment les choses en sont venues à la scène que tu as trouvée. »
Sadar plissa les lèvres.
« Naisshaa ne répond pas aux appels… »
Mordrahan mit la machine hors tension, puis désigna le cadavre.
« Descend-la au labo inférieur… et va chez toi me chercher des cristaux d’anima, je suppose que tu en as en réserve ? Et au passage, ramène aussi un sujet vivant. Il ne va pas être possible de la régénérer en utilisant de l’énergie planaire brute.»
Le jeune mage fit une grimace éloquente, mais s’exécuta sans broncher.

Deux heures plus tard, Sadar rejoignait son maître au sous-sol.
Le jeune homme bascula une lourde caisse hors d’un chariot lévitationnel, et batailla quelques minutes pour en extraire la carcasse massive et inerte d’un mutant tynandrais. La créature termina dans la cuve de l’extracteur d’âmes, et Sadar referma le couvercle avec un soupir de soulagement avant de s’emparer d’une bouteille posée sur une étagère dans un recoin du laboratoire. Une bonne rasade de vin plus tard, il s’approcha de Mordrahan et lui tendit un coffret.
« Voilà ma réserve de cristaux. »
Le sorcier ouvrit la boîte pour estimer les ressources dont il disposait, puis il désigna le corps à présent attaché au cœur d’une machinerie complexe. Une aura d’un vert vif entourait comme une bulle l’ensemble du dispositif.
« Nous allons pouvoir commencer. Je l’ai isolée par un champ d’énergie de Vie, ce qui va empêcher l’énergie que je vais lui envoyer de se dissiper via son lien avec le Plan de la Mort… et qui sera de plus un excellent moyen de confinement une fois que son âme sera revenue. »
Sadar observait avec intérêt. Il sourit, puis interrogea
« Vous allez utiliser l’anima physique du mutant en même temps que l’anima spirituelle des cristaux ? »
Mordrahan hocha la tête
« Il va falloir y aller doucement… le corps est abîmé, l’âme corrompue, le processus va être long. Je vais passer de l’énergie planaire à dose filée pour stabiliser la matrice physique. Tu peux aller activer l’extracteur. »
Le sorcier déposa un cristal violet dans un réceptacle, puis passa derrière la console de contrôle pour régler les différents processus qui allaient rendre au corps mutilé son intégrité physique, permettant d’y réintégrer son âme.

Sadar revint peu après avec une théière et deux tasses. Tandis qu’il servait le thé brûlant, il demanda
« Shalafi, qu’allons-nous en faire une fois qu’elle aura repris conscience ? »
Mordrahan le regarda avec gravité.
« Nous verrons d’abord ce qu’elle aura à nous dire sur les raisons de sa présence chez Naisshaa. Et sur les menaces éventuelles qui pèsent sur ton épouse, sur toi et sur l’Ordre en général. Mais dans tous les cas, il est hors de question de laisser repartir librement un suppôt de Régulos.
Selon ce qu’elle sait, et le danger que cela peut représenter ou non pour nous, je la livrerai à Meridian. L’Homme sans visage sera ravi d’avoir un cultiste sous la main et cela soignera nos bonnes relations. Mais s’il s’avère qu’elle est trop dangereuse pour que ses informations sortent d’ici, elle passera à l’extracteur. »

Le sorcier prit sa tasse de thé, et s’assit dans un des sièges confortables qui entouraient sa table de travail principale.
Sadar s’inclina, et quitta le laboratoire sans un mot de plus. Sa rose de sang était en vie, mais elle se cachait… Elle avait tué cette femme, elle était peut-être blessée, et tout ce qu’il pouvait faire était attendre qu’elle se manifeste. Il serra les poings de frustration et de colère, avant de se ressaisir et de se téléporter vers les lointaines terres de Tynandra. Il fallait qu’il remplace le sujet qu’il venait de livrer à son maître, et cela serait un parfait exutoire.
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MessageSujet: Re: Mordrahan : I- Renaissance   Dim 18 Oct - 18:20

(Pour Kwali:))

Le soleil se levait sur la mer, irisant les bassins comme des miroirs, caressant la pierre blonde d’un reflet d’or. Du sommet de sa tour, Mordrahan contemplait la vue. Il ne se lassait pas de ce paysage à la beauté grandiose et sereine, si semblable à celui dont sa mémoire avait gardé l’empreinte. Le désert et la mer avaient survécu aux cataclysmes, et l’enfant des sables qu’il était resté au fond de son âme en appréciait la majestueuse grandeur et l’inaltérable puissance.
Quand le soleil commença à s’élever au dessus de l’horizon, le sorcier regagna ses quartiers. Il avait travaillé toute la nuit, et son corps comme son esprit réclamaient un repos mérité. Il se dirigea vers la petite maison ronde nichée sous les grands arbres, à l’extrémité du jardin. Il venait de terminer son aménagement, et les matelas confortables de la terrasse lui offriraient un lit en plein air, entre ombrages et fontaines, parfaitement adapté à son humeur du moment.
Le sommeil le saisit dès qu’il ferma les yeux, laissant ses pensées dériver vers des souvenirs qui cette fois n’étaient pas empruntés à un bâtisseur tourmenté, mais que ses récentes explorations avaient ramené à la surface de sa conscience.

*

Un jardin inondé de soleil, cerné par des murs de pierre ocre. La lumière vive filtrée par les feuillages des palmiers projette des ombres mouvantes sur le marbre blanc veiné d’or des dallages. Les massifs débordent de fleurs aux teintes chaudes et aux senteurs capiteuses. Le seul bruit est un claquement léger sur la pierre, en écho au murmure des fontaines.

Un enfant court, ses sandales de cuir résonnent sur le sol lisse tandis qu’il enjambe d’un bond gracieux un bassin, virevolte entre les haies et les arbres comme un chat, étendant les bras comme s’il voulait s’envoler. Il est mince et agile, déjà grand mais pas encore adolescent. Son rire s’échappe entre deux sauts, et sa course folle ralentit alors qu’il approche de sa destination.

Reprenant son souffle, il s’arrête, passe la main dans ses cheveux blonds encore humides de la douche matinale pour tenter de les remettre en place, et exécute sans même y penser l’un des exercices de contrôle physique que son maître d’armes lui fait répéter depuis des semaines, avant de rectifier le désordre de sa tenue. Puis il s’avance d’un pas mesuré, le dos droit et la tête haute. Brusquement, il paraît plus vieux que son âge.

A l’intérieur du pavillon, dans le bureau spacieux aux murs couverts de rayonnages chargés de livres, un homme l’observe depuis la fenêtre, un sourire approbateur aux lèvres. L’homme se recule rapidement hors de vue quand l’enfant se remet en marche, et vient rejoindre les deux autres personnes qui se tiennent dans la pièce.
« Je suis d’accord avec Iban, Seigneur Imari. Il est prêt. »

L’enfant écarte le rideau de perles colorées qui ferme l’entrée du cabinet d’études, fait un pas en avant, et se fige sur place en réalisant que son maître n’est pas seul. Une foule d’émotions se lit sur son visage en quelques instants, avant qu’il ne se reprenne. Surprise, crainte, interrogation et brusquement un éclair de joie immense qui illumine son regard gris quand il comprend les implications de la scène. Souriant largement, il joint ses mains et s’incline en salut.

Merimder Tar Imari sourit, ce qui éclaire son visage austère aux traits taillés à la serpe.
« Bonjour, mon fils. Aujourd’hui est un grand jour pour toi et pour notre Maison.»
Le seigneur du domaine est grand et mince, sec et noueux comme un des arbres du désert. Sa chevelure grisonnante partiellement rasée dessine sur son crâne les motifs traditionnels de son clan. Un tatouage complexe court le long de sa nuque et autour de son cou. Il porte une longue robe flottante richement ornée de broderies et un pectoral de cuivre et d’or émaillé de facture khaliti. Tout en lui respire la puissance maitrisée et la conscience de son rang.

A ses côtés se tiennent les deux Maîtres qui ont pour charge d’éduquer l’héritier de la lignée, de le préparer aux responsabilités qui seront les siennes et au pouvoir arcanique qu’il devra contrôler.

Iban, le maître d’armes. Petit, râblé, tout en muscles et en reflexes. Tatoué de son crâne entièrement rasé à ses pieds nus. Revêtu d’un simple pantalon de lin blanc et d’une tunique assortie serrée à la taille par une corde tressée. Une apparence banale trompeuse, qui dissimule un expert du combat à mains nues, au bâton et à l’épée.
L’homme enseigne à l’enfant ses techniques de combat, mais avant tout il lui a appris à entraîner son corps, à le contrôler, à en faire un outil fiable qui résistera aux contraintes considérables que l’apprentissage de la magie exercera sur lui.
Harad, le scribe. Calme et patient, doté d’une voix claire et douce qui fait vibrer les mots des livres depuis que l’enfant a découvert la première des magies, celle du langage et de l’écriture. La main délicate et un rien potelée du scribe a guidé celle de l’enfant pour lui enseigner de complexes calligraphies dont la maîtrise est le prélude incontournable à l’apprentissage du langage eldritch.

Dans cette pièce, l’enfant a appris à lire, à écrire, à compter. Il a appris la patience, la persévérance et le goût du travail bien fait. Il a compris que plus on apprend plus il reste à découvrir. Il a gagné des savoirs primaires et fondamentaux qui vont lui ouvrir les portes d’un royaume réservé à l’élite de l’Empire.

Les trois hommes regardent l’enfant qui se tient devant eux, luttant pour ne pas laisser transparaître son impatience et son anxiété. Finalement, son père reprend la parole.
« Tes maîtres affirment que ton apprentissage de base est terminé, que tu es prêt à passer au stade suivant. Qu’en penses-tu ? »
L’enfant regarde son père droit dans les yeux, ses craintes envolées. Sa voix est ferme quand il répond, et son regard assuré.
« Je suis prêt, Père. Je ne vous décevrai pas. »

Le seigneur Imari se retourne, prend sur une table derrière lui un coffret ouvragé, et le tend à son fils. L’enfant s’en saisit avec le respect dû à un objet sacré, et c’est bien de cela qu’il s’agit à ses yeux, car ce que contient la boîte est la clé de son avenir. Avec des gestes lents pour empêcher ses mains de trembler, il ouvre le coffret et contemple son contenu.
Couché sur le lit de soie rouge, un œuf d’une dizaine de centimètres de long brille doucement. Sa surface lisse et blanche irradie une lueur interne. L’enfant le fixe, fasciné, sans oser le toucher. Il en connaît la nature, mais c’est la première fois qu’il voit un tel objet.
« Le Silnam a été fabriqué pour toi par celui qui sera ton Shalafi quand tu auras passé l’épreuve. Je ne puis t’aider, pas plus que tes maîtres, car cela est différent pour chacun de nous, mais ce qu’ils t’ont enseigné te sera précieux. A présent, c’est en toi que tu dois trouver la clé, le cheminement de ton esprit qui te permettra de t’accorder au Silnam et de l’activer. Prend ton temps, certains mettent des mois avant d’y arriver. Je sais que tu réussiras. »
L’enfant relève les yeux, croise le regard de son père, y lit fierté et angoisse, et hoche la tête, la gorge nouée par l’émotion. Il referme le coffret, salue machinalement ses aînés et ressort dans la lumière éblouissante du soleil qui l’aveugle.

*

Les jours ont passé. Un matin de plus, où après son entrainement physique quotidien, l’enfant dispose de quelques heures de temps libre. Ses leçons avec Harad attendront l’après-midi.
Comme chaque jour depuis qu’on le lui a donné, il récupère dans sa chambre le coffret du Silnam. Cela fait deux semaines à présent, et l’enfant peine à contenir son impatience et sa frustration.
Il a longuement parlé avec son père la veille, assis sous la lune au bord des bassins. Merimder Tar Imari a autrefois mis trois semaines à dompter le Silnam, et le sorcier a tenté de partager son expérience avec son fils, tout en le mettant en garde contre l’arrogance et la colère.
« Je sais que c’est extrêmement frustrant d’échouer. Nous sommes tous passés par là, et je pense qu’aucun sorcier n’a oublié le sentiment d’humiliation, parfois de rage que cela a fait naître en nous. Mais ces choses font partie de l’épreuve. Tu dois connaître ces sentiments pour les comprendre et les dominer. Le pouvoir que tu auras plus tard entre les mains sera redoutable, et nous sommes les garants de son utilisation par des sorciers capables de se contrôler et de respecter les règles. »

L’enfant se remémore les sages paroles de son père, et son bras réconfortant autour de ses épaules.
Il s’assied en tailleur sur son lit, et prend le Silnam entre ses mains. L’œuf est doux et tiède, comme s’il était vivant, et son contact chasse la tension que sa vue faisait naître dans le corps et dans l’esprit de l’enfant. Il caresse du bout des doigts la surface parfaitement lisse, et murmure
« Tu me  défies… mais je trouverai le moyen… tu as déjà reçu mes larmes, mes caresses, et mes coups… faut-il que je te supplie ou que je te brise pour que tu me révèles tes secrets ? »
L’enfant commence à effectuer quelques exercices de méditation, puis se ravise et se relève. Il a déjà tenté cela maintes fois, il n’y a aucune raison pour que le résultat soit différent aujourd’hui. Il lui faut changer son approche. Il quitte la demeure et descend dans les jardins.

L’ombre est douce sous les frondaisons. L’enfant sourit, retire ses sandales et retrousse son pantalon de toile avant de plonger ses pieds dans l’eau du bassin. Assis sur le marbre, les mains posées sur ses cuisses, il oublie la présence du Silnam et ferme les yeux, vidant son esprit de toute pensée, se concentrant sur la perception de son corps, puis au-delà sur son environnement. Son esprit flotte, porté par le souffle du vent tiède dans les feuillages. Les senteurs miellées des fleurs emplissent ses narines, l’eau fraîche caresse ses pieds, le soleil sème des reflets d’or dans ses cheveux.

Et soudain le miracle se produit.
Répondant à l’harmonie qui s’établit entre l’enfant et la nature qui l’entoure, le Silnam réagit, activant chez le jeune humain des connections psychiques dont il n’avait pas encore conscience. L’œuf lumineux s’ouvre lentement comme la corolle d’une fleur qui éclot à l’aube, tandis que la vision intérieure de l’enfant explose de couleurs. Un instant, avant que son propre cri de joie émerveillée le tire de sa transe, l’enfant voit le monde qui l’entoure sous la forme d’un tissage complexe de courants d’énergie, chaque plante, chaque arbre relié à l’ensemble et lui-même connecté à ce réseau du vivant.
Saisi de vertige, l’enfant regarde autour de lui.
Sur ses genoux, le Silnam luit d’une intense couleur verte qui s’estompe rapidement tandis que l’œuf reprend sa forme initiale. Les arbres semblent s’être penchés vers lui, et il jurerait que les fleurs des massifs sont plus hautes et plus denses que lorsqu’il est arrivé.
Lentement, il tend la main vers le buisson le plus proche, et quand ses doigts effleurent les feuillages, il ressent l’écho ténu de cette énergie qu’il vient de découvrir. Son autre main se referme sur le Silnam comme s’il craignait que ce trésor lui échappe, il se remet debout, puis après un moment de stupeur il tend les bras vers le ciel et laisse échapper un grand cri de triomphe.
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